Couverture française du livre Reset Fashion de Romain Liot

La mode se situe au carrefour de la créativité, de l’industrie et de la consommation mondiale — et au centre de l’un des défis environnementaux les plus complexes de notre époque. Depuis plus d’une décennie, le secteur promet une transformation profonde. Pourtant, les émissions continuent d’augmenter, les progrès restent fragmentés et de nombreuses initiatives s’arrêtent avant de passer à l’échelle. Pourquoi ?

Dans Reset Fashion, Romain Liot nous plonge au cœur de la machinerie de la mode pour comprendre pourquoi tant d’initiatives bien intentionnées échouent lorsqu’elles rencontrent la réalité économique.

Et, ce faisant, de vraies solutions commencent à apparaître.

La thèse centrale

« La durabilité dans la mode n’échoue pas faute d’idées, mais faute de systèmes capables de les absorber. »

Ils en parlent

« Un panorama à la fois rare et rigoureux de l’industrie de la mode dans toute sa complexité. Un livre qui ne simplifie pas. Et c’est exactement pour cela qu’il est indispensable. »
Fatine Layt · Éditrice et PDG, A Group Curated By
« Une analyse rare et systémique du secteur de la mode. Un livre indispensable. »
Frédéric Godart · Professeur à l’INSEAD
« Reset Fashion a le potentiel de changer la conversation autour de la durabilité dans la mode. Enfin ! »
Marci Zaroff · Pionnière de l’Eco Fashion
« Un rapport de terrain plus qu’un manifeste théorique. Sans incantations, ni langue de bois. »
Victoire Satto · Fondatrice de The Good Goods

L’argument

Le pari Reset Fashion

La conviction n’a jamais été le problème

L’industrie a multiplié les grandes déclarations et les pactes ambitieux. Les signatures sont arrivées vite. L’exécution collective, beaucoup moins.

L’échec ne vient pas d’un manque de conviction, mais de l’absence de mécanismes capables de faire traverser aux bonnes intentions les structures de coûts, les chaînes d’approvisionnement fragmentées et l’inertie organisationnelle.

« Un pari murmuré qui dit simplement ceci : notre industrie, qui a involontairement abîmé la planète dont elle dépend, peut changer plus vite que personne ne l’imagine. »

La preuve par l’action

Les acteurs du changement

Huit organisations qui construisent l’infrastructure permettant aux meilleures idées de résister à la réalité économique.

01Transparence
Logo Clear Fashion

Le problème traité

Clear Fashion transforme des données complexes sur les produits et les entreprises en informations compréhensibles par tous. Son approche associe une méthodologie rigoureuse à des outils accessibles.

Pourquoi c’est important

La transparence ne change un système que lorsqu’elle éclaire réellement la demande, au lieu d’ajouter un index de plus à la jungle existante.

Site officiel
02Données carbone
Logo Carbonfact

Le problème traité

Carbonfact fournit aux équipes de l’habillement et de la chaussure des données carbone au niveau du produit ainsi que des outils de reporting et de réduction.

Pourquoi c’est important

La mesure devient un levier lorsque les opérationnels peuvent l’utiliser pour modifier ce qu’ils conçoivent, achètent et transportent.

Site officiel
03Chimie
Logo EverDye

Le problème traité

EverDye développe des pigments biosourcés qui teignent les textiles à température ambiante sur les machines existantes. Le procédé réduit la chaleur, l’eau et la chimie nécessaires.

Pourquoi c’est important

La solution réduit les émissions sans imposer aux usines de reconstruire leur outil industriel ni aux clients de sacrifier le prix ou la couleur.

Site officiel
04Technologies climatiques
Logo ThermoTune

Le problème traité

ThermoTune combine capteurs, modélisation thermodynamique et planification par IA pour optimiser les chaudières des teintureries plutôt que de les remplacer.

Pourquoi c’est important

Une innovation opérationnelle invisible peut réduire les émissions tout en améliorant l’économie des fournisseurs.

Site officiel
05Traçabilité
Logo CommonShare

Le problème traité

CommonShare normalise les informations fragmentées sur les chaînes d’approvisionnement, les certifications et les produits afin de rendre les données fiables et utilisables.

Pourquoi c’est important

La traçabilité n’est pas un tableau de bord, mais une architecture de confiance dans laquelle partager devient plus sûr que dissimuler.

Site officiel
06Infrastructure ouverte
Logo Open Supply Hub

Le problème traité

Open Supply Hub cartographie les sites de production dans un registre ouvert et partagé, remplaçant les usines anonymes et les listes propriétaires incompatibles.

Pourquoi c’est important

Une carte commune offre aux outils carbone, de traçabilité et de sourcing un point d’entrée fiable dans le système réel.

Site officiel
07Formation interdisciplinaire
ENAMOMA–PSL

Le problème traité

ENAMOMA réunit mode, ingénierie et management au sein de l’Université PSL. La chaire prépare des talents capables de travailler entre les disciplines nécessaires à la transition.

Pourquoi c’est important

Les systèmes complexes ne peuvent pas être transformés par une seule fonction experte : il faut relier science, entreprise et culture.

Site officiel
08Infrastructure de données
Logo Parley Impact

Le problème traité

Parley permet aux organisations de partager et vérifier leurs données d’impact au moyen d’un échange décentralisé, sans imposer une plateforme unique.

Pourquoi c’est important

Des identifiants partagés et des preuves réutilisables peuvent remplacer les audits dupliqués par des données fiables et interopérables.

Site officiel

Le point d’entrée

Le livre

Reset Fashion : Une plongée entrepreneuriale dans les eaux troubles de la durabilité dans la mode

01

Les conséquences non intentionnelles des bonnes intentions

Pourquoi les bonnes intentions produisent parfois l’effet inverse.

  • Le mirage de la croissance durable
  • Le piège des coûts
  • Le piège esthétique
  • Le piège des collections capsules
  • Le cercle qui ne se referme jamais
  • La jungle des index
  • La dérive de l’ESG
02

Au cœur de la machinerie de la mode

Les forces réelles qui transforment le secteur.

  • La grande fracture de la mode
  • Les marques chinoises : méchantes ou championnes ?
  • Quand l’algorithme devient le marchand
  • Signaux contradictoires
  • Instabilité réglementaire
  • Quand les investisseurs écrivent les règles
03

Ce que la mode devrait faire pour inverser la tendance

Des leviers d’action concrets.

  • Commencer par les leviers générateurs de trésorerie
  • Look up ! Ça se passe dans le scope 3
  • Traçabilité : voir le système
  • Les nouveaux leviers d’ingénierie
  • Collaboration
  • L’organisation Bambou
  • Le pari Reset Fashion

Les thématiques abordées

Les grandes questions explorées dans les 28 chapitres du livre, organisées en trois parties.

Partie 1 — Comment les récits dominants se trompent
  1. Chapitre 1 — Le mirage d’une croissance inexorable de la mode durableUn concept séduisant · La décennie de l’espoir · Le rêve d’un dividende ESG · Le mirage commence à se dissiper · La conséquence non intentionnelle
  2. Chapitre 2 — Le piège des coûtsLe mythe du green premium · La cascade des coûts et la green penalty · Le dilemme du milieu de gamme · Pris au piège ! · La discipline des coûts chez Adore Me · La conséquence non intentionnelle
  3. Chapitre 3 — La sobriété fait sens jusqu’à sa rencontre avec le monde de la modeUne équation logique · Résistance des consommateurs · Spins, baby, spins ! · Réactions sociales en vue · Les limites du cartésianisme de la sobriété appliqué à la mode · Un nouveau paradigme d’abondance ?
  4. Chapitre 4 — Le piège esthétiqueUn code visuel rabougri · Quand la moralité est devenue un mood board · Gynger, une alternative colorée de la durabilité · La conséquence non intentionnelle
  5. Chapitre 5 — Le piège des collections capsulesL’illusion du mouvement · Comment fonctionne le piège · Pourquoi les collections capsules ne changent pas d’échelle · Adore Me tombe dans le piège également · La conséquence non intentionnelle
  6. Chapitre 6 — Le cercle qui ne se referme jamaisLe mirage des boucles fermées · L’essor des boucles ouvertes · Une chaîne de dépendances · Les silos organisationnels · Le défi de la coordination · Des lueurs d’espoir · La conséquence non intentionnelle
  7. Chapitre 7 — Succomber aux feux de la rampe des coalitionsQuand les projecteurs s’éteignent · Le problème des clubs glamour · Action collective, confort individuel · La conséquence non intentionnelle
  8. Chapitre 8 — La jungle des indexPerdu dans la jungle · Quand la mesure devient une industrie · Plusieurs écosystèmes · Le paradoxe de la crédibilité · Conformité minimum, confusion maximale · Une autre voie : le score AIM
  9. Chapitre 9 — Experts contre opérationnelsLe paradoxe des compétences · Quand l’expertise approfondit pour la cause · Capacité d’absorption organisationnelle · Le monde des opérationnels · La cohabitation des modes de pensée · Le consultant comme interprète
  10. Chapitre 10 — La dérive de l’ESGDu développement durable à l’ESG · L’origine du terme · Quand les organisations vident l’ESG de sa substance · Quand un processus remplace la cause · Le pivot populiste du « S » · La leçon de B Corp
  11. Conclusion provisoireUn pas en arrière avant de repartir · Interlude : Balade automobile
Partie 2 — Au cœur de la machinerie de la mode
  1. Chapitre 11 — Miroir, mon beau miroir, qui est la plus belle ?Un système se révèle toujours à ses limites · Ce que Godart révèle · La mode ne prend sens qu’à travers sa signification · Le moteur symbolique devance le moteur industriel · Et maintenant ?
  2. Chapitre 12 — Quand la couronne pèse son poidsL’essor irrésistible du luxe · La perte de confiance · Le pouvoir inexploité du luxe · Le chanvre, une occasion manquée · La preuve que le luxe peut agir · La question du super pouvoir
  3. Chapitre 13 — La grande fracture de la modeDe l’artisanat à la division planétaire · Un système de dépendance partagée · Le visage humain de la fragmentation · Externaliser plus que les usines · Inertie structurelle
  4. Chapitre 14 — La mode dans un monde fragmentéLes premières fissures · Quand l’efficacité devient fragilité · Le coup de massue tarifaire · S’adapter étape par étape · De la mondialisation joyeuse à la dure réalité
  5. Chapitre 15 — Les marques chinoises : méchantes aujourd’hui, bientôt championnes ?Le méchant en chiffres · Le problème de gouvernance · Ce que Shein a néanmoins montré · Pourquoi la prochaine disruption viendra de Chine · Les leçons à en tirer
  6. Chapitre 16 — Le tourbillon technologiqueUne infrastructure numérique fragile · Le vortex de l’innovateur technologique · Quand la mode commence avec une base de données · Du vortex à une lingua franca ?
  7. Chapitre 17 — Quand l’algorithme devient le marchandDe la vitrine au flux · Le nouveau loyer · Ce qui se perd sur les plateformes · Quand la positivité perd · Le prochain marchand : bienvenue à l’Agentic AI
  8. Chapitre 18 — Signaux contradictoiresDe la cohérence aux constellations · La durabilité comme désir et comme réalité · La polarisation du marché · Les multiples facettes du consommateur moderne · Vivre avec les signaux contradictoires
  9. Chapitre 19 — Instabilité réglementaireLà où la pression réelle est utile · La fin de l’immunité réglementaire · Dynamique européenne et renversement · À quoi ressemble une réglementation efficace ? · Les lignes rouges · L’équité · La transparence algorithmique
  10. Chapitre 20 — Quand les investisseurs écrivent les règlesLa hausse des attentes financières · L’influence des investisseurs · De l’évitement des risques à l’impact · Quand la finance devient gouvernance · Les comptables, futurs guerriers ? · Une note d’optimisme
  11. Conclusion provisoireUn système en pleine tourmente · Interlude : Chimie et beauté, un miroir pour la mode
Partie 3 — Ce que l’industrie devrait faire maintenant
  1. Chapitre 21 — Commencez par les leviers générateurs de trésorerieL’efficacité est le premier facteur de décarbonation · Là où les caméras ne vont pas · Le casse-tête de l’inventaire · Promesse et difficultés de la précommande · La trésorerie comme stratégie climatique
  2. Chapitre 22 — Look up ! Ça se passe dans le scope 3Un système encore trop étroit · Le point d’entrée · ThermoTune · EverDye · La suppression du charbon par H&M · L’électrification · Façonner les marchés de l’énergie · Biodiversité, angle mort
  3. Chapitre 23 — Traçabilité : visualiser le système avant de le modifierUn écosystème à comprendre · Découvrir de nouvelles opportunités · ACV et traçabilité · Escalader la face nord · Lorsque le secret est la norme · Des départements vers un système intelligent · La déréglementation comme sédatif
  4. Chapitre 24 — Les nouveaux leviers d’ingénierieRéduire l’impact dès la création · Nike · Decathlon · Uniqlo · Produire ce dont le marché a besoin · Des capitaux qui comprennent l’ingénierie · Une nouvelle logique industrielle
  5. Chapitre 25 — Collaboration : le pont que la mode peine à construireL’idée évidente à laquelle la mode résiste · L’approche Adore Me · Open Supply Hub · ENAMOMA–PSL · Billie Eilish × Marci Zaroff · Le protocole Parley
  6. Chapitre 26 — Une histoire de transformationSuspension du business as usual · L’honnêteté radicale · La transparence au quotidien · Réinitialiser le système · Sur une ligne de faille · Des systèmes aux personnes
  7. Chapitre 27 — L’organisation BambouÀ quoi ressemble un Bambou ? · Pourquoi la durabilité en a besoin · Profondeur, largeur et jugement · Deux transformations pour le prix d’une · Les capacités et la finalité
  8. Chapitre 28 — La raison d’être dans une industrie désorientéeQuand une industrie perd sa finalité · La raison d’être comme code source · Adore Me · MAS Holdings · Patagonia · Quand le top-down ne mène nulle part · Le pari Reset Fashion · La finalité au cœur · Le prisme stratégique · Un booster énergétique
  9. Conclusion provisoireDes solutions émergent pour repenser la mode
  10. Conclusion — Time to Reset FashionLa seule question qui reste : quel rôle jouerez-vous dans ce reset ?

Au cœur de la machine

L’auteur

Portrait de Romain Liot

Romain Liot

Cofondateur et ancien COO d’Adore Me

Romain Liot est cofondateur et ancien COO d’Adore Me, marque de lingerie certifiée B Corp fondée à New York en 2012.

Il est aujourd’hui Entrepreneur-in-Residence chez A Group Curated By, advisor et investisseur dans plusieurs entreprises travaillant sur la transition dans la mode, et Board member d’ENAMOMA, chaire de mode responsable de l’Université PSL — Mines, Arts et Métiers, Dauphine.

Le préfacier

Portrait de René Rohrbeck

René Rohrbeck

Professeur de stratégie · Directeur du Centre for Net Positive Business de l’EDHEC

Chercheur en prospective stratégique et en transformation des entreprises, René Rohrbeck étudie la manière dont les organisations peuvent anticiper les ruptures, renforcer leurs capacités d’action et faire évoluer leur modèle vers un impact net positif.

Son regard relie stratégie, innovation et expérience industrielle. Dans sa préface, il situe Reset Fashion non comme un manifeste extérieur au secteur, mais comme un rapport de terrain sur les conditions réelles du changement.

Découvrir son profil à l’EDHEC ↗

Avant-propos de René Rohrbeck

La préface

De nombreux ouvrages traitent du développement durable dans la mode. Très peu sont écrits de l’intérieur, et encore moins avec une rigueur analytique. Ce qui distingue ce livre, c’est donc son point de vue : non pas une observation détachée ou un commentaire moral, mais une expérience vécue, fondée sur la responsabilité — marges, masse salariale, fournisseurs, choix stratégiques et compromis face aux contraintes économiques.

Dans ses travaux sur la stratégie, la prospective et les entreprises « net positives », René Rohrbeck étudie pourquoi la plupart des initiatives de durabilité peinent à se généraliser. Le schéma est connu : les belles intentions se heurtent à une économie fragile, des systèmes fragmentés, des incitations mal alignées et une lassitude organisationnelle.

« Trop souvent, la durabilité reste symbolique avant de devenir structurelle. »

Reset Fashion s’attaque directement à cette lacune, non pas de manière théorique mais empirique. Le parcours de Romain Liot — notamment le travail de transformation mené chez Adore Me — apporte au débat des données concrètes issues du terrain : non pas la preuve que la transformation est facile ou linéaire, mais qu’elle est possible sans se replier sur un positionnement de niche, un exceptionnalisme moral ou un déni économique.

La durabilité n’est pas présentée comme un argument marketing. Elle devient une contrainte inhérente aux structures de prix, à la demande et aux chaînes d’approvisionnement mondiales — autrement dit, une contrainte de conception et de gouvernance. Le récit assume les faux départs, les réajustements progressifs et les succès chèrement acquis. Lorsque Adore Me a commencé, il n’existait ni plan parfait ni expertise complète : seulement la volonté de se lancer, de mesurer, puis de progresser.

Cette intégration au cœur des opérations est indispensable. Le progrès ne naît pas de l’affirmation, mais de la mesure, de la transparence et du développement des compétences. Il faut également accepter que la majorité des consommateurs ne paiera pas de « green premium » : tout changement significatif doit donc rester compatible avec des structures de coûts compétitives.

Les systèmes ne changent pas par simple conviction morale. Ils changent lorsque de nouvelles logiques se révèlent plus solides que les anciennes — économiquement, opérationnellement et culturellement. C’est cette idée que le livre ancre dans les capacités et dans les faits.

« Les trajectoires positives ne naissent pas de déclarations. Elles naissent des capacités. »

Ce livre s’adresse aux lecteurs lassés des slogans mais pas de la responsabilité ; aux dirigeants qui sentent le débat sur la durabilité s’essouffler mais refusent de reculer ; et à celles et ceux qui veulent comprendre comment la transformation s’opère réellement, loin des projecteurs et dans la vraie vie.

Si la durabilité doit passer du discours à la réalité, ce ne sera ni par la perfection ni par la posture. Ce sera grâce à celles et ceux qui s’engagent sur le terrain. Après avoir lu ce livre, René Rohrbeck l’affirme sans hésiter : il croit au pari d’un Reset Fashion. La mode peut être réinventée — et cette fois, cela pourrait bien fonctionner.

Lire avant d’aller plus loin

Découvrez des extraits du livre

Entrez dans Reset Fashion avec l’introduction du livre et le chapitre consacré au piège des coûts — deux textes qui posent le diagnostic et confrontent la durabilité à la réalité économique.

01Introduction

La durabilité n’a pas échoué. Sans doute pire : elle est passée à la trappe.

Le recul est discret mais indéniable à travers tous les secteurs. Les rapports ESG sont mis de côté, décalés, ou laissés en ligne avec une date expirée et la mention discrète : en cours de révision. Les journalistes s’excusent presque : « les lecteurs ne cliquent plus sur la durabilité ». Le sentiment général a changé : en quelques années, nous sommes passés de l’ambition à la fatigue, de l’urgence à la prudence. Ce qui apparaissait récemment comme un impératif moral est devenu une corvée.

Cette fatigue est déjà préoccupante en soi. Elle devient insupportable lorsqu’on la confronte à la trajectoire du climat.

La planète n’a jamais été dans un état aussi critique. Et l’industrie de la mode — à laquelle j’ai consacré une large part de ma vie professionnelle — a réalisé remarquablement peu de progrès sur le sujet au cours des vingt dernières années. Au lieu de diminuer, comme l’exige l’Accord de Paris, les émissions de carbone de la mode et ses autres impacts négatifs continuent d’augmenter. Pas légèrement. Pas marginalement. Structurellement, année après année.

Mais ceci ne constitue qu’une partie de l’histoire. Car l’industrie de la mode traverse elle-même une ère de profonde déstabilisation. Son économie a changé, ses chaînes d’approvisionnement se sont distendues, sa dynamique interne s’est déformée. Et malgré tout le battage médiatique autour de la « mode durable », il existe malheureusement trop peu d’exemples d’entreprises opérant à grande échelle qui aient réussi en plaçant la durabilité au cœur de leur modèle économique.

Bref, nous ne sommes pas vraiment sur la bonne trajectoire. Et quelque chose, quelque part, a manifestement mal tourné. En réalité, beaucoup de choses, un peu partout, ont mal tourné.

J’utilise le « nous » délibérément. Nous sommes tous des consommateurs. Et nombre de ceux qui liront ce livre sont aussi des professionnels de la mode. Nous sommes dans le même bateau — un bateau qui tangue violemment — et nous pourrions tous nous renvoyer la responsabilité. Au final, l’addition sera collective. Et elle sera lourde.

C’est pour cela que j’ai décidé de raconter mon histoire et les enseignements que j’en tire.

Cette histoire est d’abord celle d’un insider. Celle d’un entrepreneur de la mode qui, avec un groupe de gens extraordinaires, a construit Adore Me : une startup démarrée en 2012 à New York jusqu’à son intégration au sein de Victoria’s Secret & Co. en 2023.

La vente d’Adore Me représentait la plus importante acquisition d’une marque direct-to-consumer de l’histoire de la mode. Mais l’enjeu n’était pas seulement financier. Il était aussi symbolique : unir nos forces avec l’un des noms les plus iconiques de l’industrie pour tenter de faire évoluer, de l’intérieur, le marché de la lingerie vers plus d’inclusivité, de technologie et de durabilité.

C’est aussi l’histoire d’un outsider. Je n’ai jamais vraiment correspondu au moule du Garment District new-yorkais, et Adore Me était un ovni dès le départ — un mélange rare de talents, d’audace et de sens. La plupart d’entre nous n’étaient pas des « gens de la mode », ni vraiment attirés par ses projecteurs. Nous arrivions avec un regard neuf, des réflexes Tech-first et une approche quantitative sur presque tous les sujets. Cet état d’esprit d’outsider constituait indubitablement notre avantage. Il nous a permis de remettre en question les pratiques, d’expérimenter sans relâche et, parfois, de réussir là où les acteurs traditionnels n’osaient même pas essayer.

C’est aussi l’histoire d’un passionné de durabilité — non pas par idéologie, mais par proximité. Des années passées à rencontrer, partout dans le monde, des personnes fascinantes qui tentaient, souvent discrètement et imparfaitement, d’améliorer les choses à leur échelle. À observer combien d’intelligence et de bonne volonté existent déjà au sein du système, et combien rarement elles parviennent à se combiner pour produire un effet substantiel.

Devenir père a également changé la nature de la question. Le changement climatique a cessé d’être une trajectoire abstraite pour devenir une urgence personnelle : non plus « à quel type d’industrie aspirons-nous ? », mais « quel monde suis-je en train de transmettre à mes fils ? ». Cette prise de conscience a aiguisé mon intolérance au progrès symbolique et renforcé mon exigence pour ce qui fonctionne réellement.

Chez Adore Me, la combinaison rare du pouvoir d’agir et du sentiment d’urgence nous a poussés à prendre des risques très tôt. Nous avons obtenu la certification B Corp encore marginale dans la mode. Nous avons investi dans la donnée bien avant que les tableaux de bord de durabilité ne deviennent monnaie courante. Nous avons développé de nombreux outils, expérimenté des approches très granulaires de calcul d’impact et tenté plusieurs premières mondiales. Bien sûr, nous avons également commis de nombreuses erreurs. Mais ces échecs n’ont pas été vains. Ils ont révélé des points de friction qu’aucun rapport ne pouvait saisir et nous ont appris quelque chose d’essentiel : ce ne sont pas les solutions qui manquent lorsque l’on parle de transition.

Enfin, c’est aussi l’histoire d’une colère qui monte. La frustration de l’écart entre l’urgence de la situation et la lenteur du changement réel. Le scepticisme grandissant envers les théories élégantes qui se heurtent aux réalités opérationnelles ou économiques. La rage de voir les conséquences s’enchaîner lentement mais inexorablement, tandis que la conversation tourne encore en rond autour des intentions.

Je suis de plus en plus mal à l’aise de l’écart entre les déclarations enthousiastes sur la durabilité et la complexité de leur mise en œuvre. Trop de cadres théoriques font abstraction des structures de coûts, ignorent la physique des chaînes d’approvisionnement ou sous-estiment l’inertie organisationnelle. Trop de slogans confondent clarté morale ou alignement manichéen avec un impact réel.

Ce qui me trouble le plus n’est pas que le progrès soit difficile — cela était attendu — mais que tant d’énergies aient été investies au mauvais endroit. Dans les déclarations plutôt que dans le design des produits. Dans les promesses plutôt que dans la plomberie. Dans la visibilité plutôt que dans la viabilité. Le résultat n’est pas seulement une déception mais une grande fragilité : des équipes et des clients de plus en plus désillusionnés, et un cynisme croissant qui confond frustration et réalisme.

Je ne prétends pas détenir le plan d’une transition paisible de l’industrie de la mode, mais suis convaincu d’une chose : les changements requis sont plus exigeants que des slogans sincères mais souvent improductifs. Et plus inconfortables que la plupart des organisations ne l’imaginent. La durabilité, si elle veut réussir, doit être intégrée au cœur de la proposition économique — pas ajoutée par-dessus pour se donner bonne conscience.

Ce livre est écrit par un bâtisseur, pas par un prêcheur. Vous y trouverez des projets concrets testés chez Adore Me et dans d’autres entreprises de la mode ainsi que des enseignements plus larges sur la façon dont faire évoluer cette industrie. Certains y verront même des clés transposables à d’autres secteurs, tant la mode est, pour le meilleur ou pour le pire, une caricature du consumérisme de nos sociétés.

Et pourtant, malgré tout, je crois toujours qu’un chemin existe.

La mode peut se réinventer. Et peut-être, ce faisant, inspirer d’autres industries à en faire autant.

C’est le sujet de ce livre.

La première partie examine comment beaucoup de bonnes intentions ont mal tourné — postures morales, collections capsules, promesses ESG et autres efforts qui ont produit des conséquences inattendues.

La deuxième partie plonge dans l’écosystème actuel de la mode — fragile, fragmenté, traversé de signaux contradictoires — et dans les disruptions qui le transforment déjà.

La troisième partie explore comment l’industrie devrait agir maintenant : les bons leviers, la technologie, les collaborations fructueuses et la réinvention des organisations.

Ce livre n’est pas un manifeste. C’est un guide de poche — imparfait, ancré dans le réel et nourri d’expériences vécues. Un recueil d’expérimentations et de petites percées sur lesquelles d’autres pourront, je l’espère, s’appuyer.

La mode, avec ses ressources, sa créativité et sa visibilité, a le potentiel d’aller plus vite et de faire mieux, mais seulement si elle cesse de prétendre que nous allons déjà dans la bonne direction et accepte de sortir de sa zone de confort.

Ce livre s’adresse à celles et ceux qui veulent regarder le système avec lucidité, comprendre pourquoi il est bloqué, et explorer comment nous pourrions l’améliorer — ensemble.

Il est grand temps de réinitialiser la mode.

02Le piège des coûts

Dans la mode comme dans beaucoup d’autres industries, le coût est central.

C’est une métrique silencieuse derrière chaque produit, chaque défilé, chaque campagne publicitaire — le moteur invisible de la survie d’une industrie au modèle économique fragile. Et pourtant, lors des grandes conversations sur la durabilité, la transition, la raison d’être ou l’innovation, le mot « coût » n’apparaît presque jamais. On entend parler « d’impact », de « mission » ou de « responsabilité », mais rarement de « coûts des marchandises vendues » — COGS.

Cette omission n’est pas accidentelle : elle masque également une vérité inconfortable pour l’industrie. La mode durable piétine aussi parce que, dans la plupart des cas, le modèle d’affaires ne fonctionne pas encore.

COGS : Cost of Goods Sold, la mesure comptable du coût d’un produit.

Le mythe du green premium

Le green premium désigne l’idée selon laquelle les consommateurs accepteraient de payer plus cher pour des produits durables. La logique se voulait simple : des produits plus propres — pour la santé ou pour la planète — justifieraient des prix plus élevés que le marché, entreprises et in fine consommateurs, serait prêt à absorber.

Mais les chiffres n’ont jamais vraiment confirmé un tel optimisme. À travers les enquêtes et les études de marché, les consommateurs déclarent de manière récurrente qu’ils se soucient de durabilité, qu’ils veulent « voter avec leur portefeuille » et qu’ils sont prêts à payer plus — mais ce « plus » signifie généralement une modeste augmentation de 3 à 5 %. Au-delà, les bonnes intentions s’estompent.

La cascade des coûts et la green penalty

Partant du postulat que les consommateurs finiraient par payer plus cher, de nombreuses marques ont accepté d’investir davantage dans leurs coûts de production. Elles ont absorbé des matières premières plus onéreuses, des délais allongés, et des certifications complexes censées garantir un meilleur impact environnemental. L’hypothèse du green premium a ainsi servi de justification à une inflation des COGS bien supérieure au premium acceptable par les consommateurs.

Ce qui avait commencé comme une équation pleine d’espoir s’est alors transformé en piège structurel : un cycle dans lequel les entreprises dépensent plus pour faire mieux, tandis que le marché refuse de récompenser cet effort. Le green premium s’est discrètement mué en green penalty.

Le dilemme du milieu de gamme

Les marques de luxe peuvent mieux absorber les surcoûts liés à des matières premières plus responsables. Leurs marges élevées, leur contrôle sur leur production et leur capacité à valoriser le savoir-faire leur donnent une latitude que d’autres n’ont pas. La durabilité s’inscrit en outre naturellement dans leur récit — qualité, héritage, rareté — ce qui rend l’expérimentation économiquement plus supportable.

À l’autre extrémité du spectre, quelques jeunes marques ont intégré la responsabilité au cœur de leur ADN dès l’origine. Leurs clients, déjà convaincus et souvent issus de classes aisées, acceptent un green premium plus élevé, et leur petite taille rend l’équilibre économique plus maniable. Une poignée de pionniers, comme Patagonia, ont ainsi bâti une fidélité durable autour du sens et de la qualité. Ils sont devenus la preuve qu’un modèle conscient pouvait exister.

Mais entre ces deux extrêmes s’étend l’immense zone du milieu de gamme, là où travaille la majorité des acteurs de la mode et où se concentre l’essentiel des volumes et de la consommation. C’est précisément là que la green penalty frappe le plus durement.

Les marques grand public opèrent sous une contrainte économique permanente : compétition féroce, production mondialisée, promotions structurelles, marges faibles. Elles ne peuvent ni augmenter leurs prix sans perdre des volumes, ni renoncer à l’éthique sans entamer leur crédibilité. Or c’est justement ce segment — assez vaste pour transformer réellement l’industrie — qui est le moins équipé pour absorber des surcoûts ou encaisser des pertes de ventes.

Pris au piège !

Un jour, en marge d’un panel sur la durabilité, la PDG d’une marque tendance m’expliqua que 10 % de son assortiment utilisait des matières durables. Ces produits coûtaient plus cher à fabriquer, mais ne pouvaient pas être vendus plus cher, ce qui comprimait mécaniquement leur marge. « Si cette part de produits durables atteint 25 % de nos ventes, mon modèle économique ne tient plus », m’a-t-elle dit. Cette phrase résume à elle seule la contradiction de la mode durable : des produits durables qui ne le sont pas financièrement.

Les grands groupes font face à une version comparable du problème. Pris dans des contraintes de court et moyen terme, soumis aux impératifs de résultats trimestriels, ils hésitent à engager des transformations susceptibles de fragiliser leurs équilibres économiques. Beaucoup se rabattent alors sur des raccourcis : une collection capsule en nylon recyclé, un partenariat marketing avec une ONG, un rapport soigneusement mis en page. Assez pour signaler une prise de conscience, pas assez pour transformer les pratiques en profondeur.

Ces gestes sont parfois cyniques, mais c’est rare. Le plus souvent, ils traduisent une bonne volonté réelle qui se heurte à la gravité économique. Cela ne change néanmoins pas le résultat : un cycle de discours verts financé par des marges qui s’érodent, et une frustration qui s’installe.

La discipline des coûts chez Adore Me

Chez Adore Me, nous avons appris cette leçon à la dure. Nous étions une marque mass market — ni luxe, ni militants — et nous connaissions bien notre cliente cost conscious. Elle pouvait apprécier la durabilité, mais continuerait à acheter au prix de la majorité de notre assortiment, soit 39,95 dollars pour un ensemble.

À nous de faire avec. Nous avons donc pris très tôt une décision claire et volontaire : pas de green premium.

Si nous voulions avoir un impact, cela devait se faire à équation économique constante. Cette contrainte est devenue notre discipline. Nous avons revu les composants utilisés, poussé les fournisseurs à innover, optimisé l’énergie et la logistique, automatisé la gestion des stocks pour éviter le moindre gaspillage — tout ce qui pouvait compenser les coûts plus élevés de meilleures matières premières. À force d’essais, d’erreurs et autres itérations, nous avons appris à avancer sans augmenter les prix ni sacrifier nos marges sur les produits durables. Et donc à les rendre économiquement viables.

Petit à petit, nous avons réalisé que la véritable frontière de la durabilité était là : non pas chercher à mieux la monétiser, mais l’offrir au même prix que les produits non durables.

La conséquence non intentionnelle

L’approche initiale de l’industrie, consistant simplement à changer certaines matières premières pour proposer des alternatives plus vertes, a échoué. L’écart entre le green premium acceptable pour la majorité des clients et les surcoûts réels ne se comble et ne se comblera pas.

Au lieu de repenser leurs structures de coûts ou leurs processus internes, les marques ont basculé vers le symbolique. Elles ont remplacé le progrès réel par le récit. Ainsi, un mouvement né d’une urgence authentique s’est progressivement transformé en compétition de déclarations et de slogans.

Quinze ans après l’éveil de la mode sur la durabilité, les coûts sont devenus un sujet qu’on esquive. Tant que l’économie de la responsabilité reposera sur une équation économique magique, l’industrie continuera de tourner en rond, applaudissant des avancées qu’elle est incapable de soutenir dans la durée.

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